Pas de Deux

Elle. Lui. Eux ?

Elle, c’est Agnès Fabre, une jeune femme fragile et déséquilibrée par la vie.

Lui, c’est son voisin, Le Sorcier, un vieil homme sage et maniaque.

Eux, ensemble, vont apprendre à se connaître, à se côtoyer, à s’aider, à vivre.

Pas de Deux, c’est donc leurs pas, les pas de danse d’Agnès qui réapprend à vivre, les pas vacillants du vieil homme vers le pardon et l’acception de son passé, mais aussi Pas de Deux parce que ces éclopés de la vie tentent désespérément de se convaincre qu’ils peuvent vivre seuls : Agnès sans Lui, son amant dont elle n’arrive plus à prononcer le nom, le Sorcier sans Elle, sa fille perdue.

 

 

 

Mercredi 2 août 2006

Elle laissa le vieux monsieur dormir. Pour ne pas partir comme une voleuse, elle prit un papier et un stylo, dans l’intention de dire merci. Légèrement, sa main hésita, et puis, résolue à se laisser emporter par tous ces souvenirs qui revenaient en ce moment, elle dessina. Un trait un peu tremblant d’abord, puis deux. Et à la fin, c’était simplement deux mains, l’une recroquevillée, perdue, et l’autre tendue, généreuse. Elle laissa le papier sur le lit près du fauteuil, pris ses affaires et sortit de l’appartement.

 

Par cilou - Publié dans : pas-de-deux
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Vendredi 9 juin 2006

Seul un léger ronflement répond à son appel enfantin.

Lentement, elle s’étire, comme un chat paresseux, avant de se rouler à nouveau en une petite boule sous les couvertures tièdes. La lumière filtre par le volet entrouvert. Elle ébouriffe ses cheveux puis glisse son pied en dehors du lit, puis le remet. Comme chez elle.

De nouveau, le léger ronflement se fait entendre.

Elle n’est pas chez elle, alors ? Elle ouvre les yeux. Et ce qu’elle voit la laisse perplexe.

Elle aurait tout imaginé, sauf ça. Son cerveau encore embrumé se refuse à comprendre ce fait inexplicable : elle s’est télé porté de son lit jusqu’au lit de son vieux voisin, derrière le mur. « Ou la la, je comprends rien… » Elle aurait encore préféré se réveiller dans le lit d’un amant d’un soir. Même si les lendemains de ces nuits sont chez elle générateurs de mal-être, ç’aurait était mieux que de se retrouver dans le lit du Sorcier, sans rien y comprendre. Abasourdie, elle referme les yeux. Les ouvre une nouvelle fois. La vision n’a pas disparue.

Le vieil homme est bel et bien là, avachi dans un fauteuil molletonné près du lit, dormant du sommeil du juste. De ce sommeil dont dorment ceux qui n’ont pas dormi depuis longtemps. Le sommeil de ceux qui ont veillé. Et là, elle commence à se souvenir…Elle se rappelle être rentrée du travail, il y a trois ou quatre jours. La journée avait été mauvaise. Sa collègue Farida avait une mauvaise grippe et elle avait dû la remplacer à la caisse, elle qui détestait ce poste, voir défiler des gens maussades toute la journée. Les têtes de ces gens sans sourire, c’était bien trop pour elle qui l’avait perdu, le sourire. Et en plus, elle se souvenait maintenant, alors qu’elle passait à la caisse les articles d’une mère débordée par les cinq gamins qui lui couraient autour, elle avait entraperçu entre les rayons du supermarché où elle travaillait les éclairs d’une tête aux  cheveux bouclés. Son cœur cessa de battre. Ses mains arrêtèrent de bouger. Son sang ne fit d’un tour. Lui. Elle était paralysée, sous le regard médusé de la mère de famille nombreuse. Lui. Oh non pas Lui. Pas Lui pas Lui pas Lui. Je ne veux pas le voir. Elle s’était replongée du mieux qu’elle le pouvait sur les articles de la cliente qui la dévisageait. Mais ça n’empêchait pas son cœur de battre dans ses tempes, ni ses mains de trembler.

« Maman, pourquoi la dame elle est toute blanche ? » avait demandé un des horribles gamins hyperactifs. La mère avait détourné la tête, elle ne savait sans doute pas quoi répondre. La tête rayonnante avait réapparue entre les rayons, juchée sur un dos musclé. Elle ne la quittait pas des yeux tout en se suppliant intérieurement de l’ignorer. Puis il s’était retourné. Et ce n’était même pas Lui. Juste un autre, qui de dos Lui ressemblait un peu. Un autre qui n’en avait rien à foutre du malaise qu’il provoquait en elle, qui n’en avait rien à foutre de ses mains moites, de sa tête qui tournait et de son cœur déchiré comme une feuille d’automne. Un autre qui faisait tout simplement ses courses, innocemment. Mais un autre qui venait, mine de rien, de la replonger dans un abîme, dans un trou noir plein de glue où elle se débattait, un puits sans fond de souvenirs roses et collants. La tête bouclée et le corps qui allait avec, bref le monsieur Même-pas-Lui était allé à une caisse et était parti, complètement ignorant des ravages qu’il venait de produire. En quelques secondes, c’était des mois de lutte contre elle-même qu’elle avait perdu. Maintenant, la silhouette trop bien connue était réapparue dans sa tête, en fond d’écran à tout ce qu’elle voyait, et ne la quittait plus. Impossible de la déloger de son antre. Maudite silhouette qui la rongeait par l’intérieur, à coup de baisers langoureux et de voyages en amoureux. Elle avait fini sa journée de travail dans une espèce de brume mécanique, enveloppée de souvenirs douloureux. Elle était rentrée chez elle, ne prenant même pas la peine de passer à la boutique s’acheter à manger. Tout ce qu’elle voulait, c’était se coucher, et dormir. Et c’est ce qu’elle avait fait. Depuis trois jours, elle dormait. Dès qu’elle se réveillait, elle reprenait un somnifère et retombait dans la béatitude de l’inconscience.

Mais maintenant, voilà qu’elle se retrouvait dans le lit de son voisin, qui lui dormait dans le fauteuil à côté d’elle. Doucement, pour ne pas le réveiller, elle se leva. Ses jambes flageolaient un peu, mais ça allait. Elle tenait encore debout. Elle alla vers la fenêtre, pour voir le ciel. Elle ne l’avait pas vu depuis trois ou quatre jours, elle ne savait plus. C’était l’été et il faisait un temps d’orage, avec du vent qui roule en spirale et de gros nuages noirs, avec des formes éléphantesques. Elle aimait bien les temps d’orage. Elle était contente de ne pas s’être endormie à jamais. Elle se retourna vers le vieux monsieur endormi derrière elle, ronflant tout ratatiné dans son fauteuil, et le remercia mentalement.

 

 

Par cilou - Publié dans : pas-de-deux
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Mercredi 31 mai 2006

Elle ne sait pas où elle est. Elle a peur, elle a froid. Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? Elle pense qu’elle doit être morte. Et là, elle regrette, elle regrette tellement ce qu’elle a fait. Elle repense à la vie, aux reflets du soleil sur les arbres, aux jolies formes des nuages, à l’odeur du café, à tout ce qu’elle a aimé et détesté, les dessins ratés, ceux dont on est fiers, parfois ; la sensation de la peinture sur les mains, les taches sur la moquette de son appartement, et son chat qui l’énervait tellement à vouloir se coucher sur ses dessins, et la voix de sa mère au téléphone, inquiète, comme toujours, les gouttes de pluie qui tombent doucement sur son visage, tant de choses amassées au cours d’une vie, tant de souvenirs… Elle se dit que là, elle a vraiment fait une connerie. Elle n’a pas vraiment voulu mourir. Juste oublier. Elle mélange tout, elle ne comprend rien, elle entend des bruits autour d’elle mais elle n’arrive pas à ouvrir les yeux, c’est trop lourd, si lourd, et elle est fatiguée, elle veut juste oublier, oublier, oublier.

Assis sur une chaise à côté d’elle, il la veille. Après avoir forcé la porte de son appartement, il est rentré doucement chez elle, en ayant l’impression de pénétrer dans un sanctuaire. Tout était sombre. Partout les volets étaient fermés. Dans l’entrée, il a vu ses chaussures et son manteau, il s’est dit qu’il ne s’était pas trompé, qu’elle n’était donc pas partie. Un chat rayé est venu se frotter contre ses pieds, manifestement il avait faim. Il l’a entraîné vers la petite cuisine. Le vieil homme l’a suivi, sur la pointe des pieds. Il a ouvert le frigo pour nourrir le chat, puis les armoires. Tout était vide. Aucune trace de nourriture. « Pas étonnant qu’elle soit si maigre », a-t-il pensé. « Tant pis pour le chat, il attendra encore un peu ». Il a poursuivi sa visite. Le salon, encombré de dessins. Par terre, des tableaux séchaient. Sombres. Mouvementés. Torturés. Sur la moquette, il y avait des empreintes de chat, il avait marché dans la peinture.

Et puis il l’a trouvé. Elle était allongé sur son lit défait, comme si elle dormait. Mais il a tout de suite senti qu’elle ne dormait pas d’un sommeil naturel. Il a vu les tubes de somnifères, près d’elle. Il s’est assis sur le lit, à côté d’elle. Il a trouvé le carnet en cuir rouge ouvert. Il a compris. Il l’a pris dans ses bras, et l’a installé chez lui. Il n’a pas voulu appeler les pompiers, ça aurait fait un scandale dans l’immeuble, il ne voulait pas que les voisins se mêlent de cette histoire. Alors il l’a couché dans son lit, doucement, comme une enfant. Il lui a caressé le front de ses vieilles mains. Il lui a juré de s’occuper d’elle jusqu’à ce qu’elle aille mieux. Elle n’entendait pas, mais ça n’était pas important.

Depuis, il la veille. Il reste assis à son chevet toute la journée, il dort un peu la nuit, mais pas beaucoup, il a trop peur qu’elle ne se réveille jamais. Il a regardé tous ses dessins. Il a vu les pages déchirées, la silhouette qui revient toujours. Il sait. Il attend qu’elle se réveille. Parfois, elle bouge un peu, alors il lui parle, en espérant qu’elle l’entende et qu’elle revienne, qu’elle comprenne qu’elle n’est plus seule. Elle remue de plus en plus dans son sommeil, et le vieux Sorcier la regarde avec tendresse revenir peu à peu à la vie. Elle tremble de froid, malgré les deux couvertures du lit, et lorsqu’il voit ça, le vieil homme prend sa couverture à lui et la lui rajoute. Elle arrête de trembler. Ses yeux palpitent, comme de légers papillons. « Les papillons ne sont que des fleurs envolées un soir d’été », murmure le Sorcier, doucement, pour ne pas l’effrayer. Il a peur qu’elle ouvre les yeux, subitement. Comment va-t-elle réagir ? Il commence à paniquer au fur et à mesure que la jeune femme s’éveille. « Mais qu’est-ce que j’ai fait, moi, encore ? Qu’est-ce qui m’a pris de la ramener chez moi ? J’aurais mieux fait de l’emmener à l’hôpital, c’était plus normal…Comment je vais lui expliquer…Aïe aïe aïe…Et dire que je suis entré en effraction chez elle ! D’un autre côté, je lui ai sauvé la vie ; enfin, si ça se trouve elle va pas apprécier, elle avait pas l’air d’y tenir tellement, à sa vie… » Les pensées défilent de plus en plus vite dans l’esprit du Sorcier, il ne pense même plus à la regarder s’éveiller, il ne pense qu’à fuir, mais non, à ce stade ce serait vraiment lâche de sa part, et puis, l’angoisse le cloue dans son fauteuil.

De la lumière filtre sous ses paupières. Elle a l’impression que c’est le matin, que c’est le jour qui arrive, et comme d’habitude, elle tente de prolonger sa nuit. Mais la lumière persiste, elle est là, orangée, bien ancrée sous ses yeux, elle l’empêche de se rendormir. Et puis, elle commence à percevoir du bruit à côté d’elle. Comme un souffle. Elle entend une voix lointaine, qui murmure quelque chose à propos de papillons. Elle bouge un peu les doigts, tout au bout de ses bras, juste pour voir s’ils sont encore là, et miracle, ses mains bougent, elle n’est donc pas morte ! Elle bouge les pieds, la tête, maintenant. Elle n’a pas encore envie d’ouvrir les yeux. Elle se sent bien, elle est au chaud, au tiède, c’est doux et confortable. Elle a l’impression d’être une petite fille malade veillée par sa maman.  

 

« Maman ? …»

 

 

 

Par cilou - Publié dans : pas-de-deux
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Mardi 30 mai 2006

Il sonne chez elle. Seul le silence répond, en écho à travers la cloison de bois. « Personne » se dit-il, gêné d’être là, sans raison, sans trop savoir pourquoi. « Et si elle ouvre, qu’est-ce que je vais lui dire ? On ne se connaît même pas…». Il se sent stupide. Il attend un peu devant la porte, ne sachant trop quoi faire, frottant ses pantoufles usées l’une contre l’autre. D’un geste machinal, il ôte son chapeau pointu et le tord entre ses grosses mains. Malgré tout, l’angoisse est toujours là, ancrée en lui, plus forte que le ridicule de la situation. Il ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour elle. Il hésite, tend sa main vers la sonnette une seconde fois. Son bras retombe. « Pourquoi est-ce que je m’inquiète comme ça ? Je ne la connais même pas, cette petite. Elle est sans doute allée chez des amis, rien de grave… » Puis il se remémore la fragile silhouette de la jeune femme, ses yeux apeurés toujours baissés, la blessure qu’on peut y voir, sa solitude et la routine dans laquelle elle s’enferme. Elle n’a pas d’amis. Elle n’est pas chez des amis. Lentement, sa main remonte vers la sonnette.

Un bruit perçant insiste au milieu de ses délires, la tirant du doux confort de son brouillard. Elle ne l’entend pas, elle ne veut pas l’entendre. Elle s’immerge dans ses souvenirs. Près d’elle est posé son carnet à dessin en cuir rouge, et sur toutes les pages, on distingue la silhouette de celui qui la tue peu à peu.

Le bruit de la sonnette à répétition a attiré les voisins, à force. Dans un immeuble comme le leur, on entend tout, et tout se sait. Le Sorcier se trouve maintenant au milieu d’un cercle de curieux, eux qui pourtant ne se sont jamais intéressés à la jeune femme du 4B. C’est d’abord Mme Chafoui, qui occupe le troisième appartement de leur palier, qui a pointé son nez par la porte, sans enlever la chaîne de sécurité, « parce qu’on ne sait jamais ce qui traîne dans le coin ». Elle a observé sans s’en cacher le vieil homme qui ne savait plus où se mettre : « Vous la connaissez, la locataire ? Et qu’est-ce que vous lui voulez ? C’est vrai qu’on la voit jamais, cette fille… Elle est bizarre vous trouvez pas ? Paraît-y qu’elle serait recherchée par la police, vous vous rendez compte ? Moi, ça m’étonne pas, hein, parce que les jeunes, de nos jours, allez savoir ce qu’ils sont capables de faire… » Et patati et patata. Quand les voisins du dessous sont arrivés, lui en marcel délavé et elle avec des bigoudis roses sur la tête, Mme Chafoui a daigné sortir de son appartement, pour mieux papoter avec eux. Au moins, le vieil homme était à peu près tranquille, les voisins s’occupaient entre eux d’échanger les derniers potins.

_ Oh bonjour Mme Chafoui, vous êtes là !! Mais dites donc, qu’est-ce que c’est que ce boucan, on s’entend plus ici ! s’exclame Mme Bigoudi.

_ Ah oui, mais de toute façon on n’est jamais tranquille dans cet immeuble ! Tenez, rien que hier soir, les ptits jeunes du dessus ont encore hurlé toute la nuit ! Pas moyen d’fermer l’œil j’vous dit !

_ Ah la la les jeunes….

Et de hocher la tête d’un air entendu.

_ Et cette musique assourdissante ! D’ailleurs, c’est pas d’la musique, ça, non non non… renchérit de plus belle Mme Chafoui, trop contente d’avoir trouvé une oreille attentive à ses plaintes.

 Le Sorcier frappe maintenant à la porte avec insistance. Il se demande s’il va être obligé de demander l’aide de ses encombrants voisins pour l’enfoncer. Il préfèrerait se débrouiller seul. De toute manière, les voisins en question ont tous disparus dans l’antre de Mme Chafoui, certainement autour d’un thé accompagné de gâteaux secs. Il se retrouve donc seul, sur le palier du 4B, à frapper de plus en plus fort à la porte de quelqu’un qu’il ne connaît pas. La porte reste désespérément fermée. Pourtant, il sent bien que quelque chose ne va pas, là derrière. Alors, le vieil homme se décide, il saute le pas : « Tant pis, je prend le risque d’être accusé d’effraction ». Il sort un morceau de métal tout tordu de sa poche, l’insère dans la serrure. On ne l’appelle pas le Sorcier pour rien…

 

 

 

 

 

 

Par cilou - Publié dans : pas-de-deux
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Mardi 30 mai 2006

Inconsciente. Son corps en travers du lit défait, elle gît. Autour d'elle, c'est le brouillard, le bonheur de ne plus penser, la joie de ne plus rien sentir. Elle se sent partir. Elle part.

Depuis trois jours, elle ne s'est pas levée. Elle a débranché le téléphone, elle a fermé tous les volets, elle s'est couché. Elle a avalé des somnifères. Elle dort, et depuis trois jours elle coule. Elle se laisse aller avec volupté dans le puit de basalte qui l'avale. Elle est bien, elle n'a plus à faire semblant de continuer, elle n'a plus à hurler au ciel des défis qui lui semblent des montagnes infranchissables. Elle a cessé de se battre contre elle-même.

Les souvenirs affluent, et dans sa semi conscience elle sourit: le bon vieux temps est revenu. Elle revoit tous ces moments passés, elle est de nouveau dans ses bras, l'odeur des ses cheveux bouclés l'enveloppe, son regard doux ne la quitte plus, elle est en sécurité, elle n'est plus seule.

Ils sont au restaurant, il l'a invité pour fêter leur deux ans de vie de couple. Pour l'occasion, ils ont choisis un restaurant très cher, très chic. Ils sont très beaux tous les deux: lui en costume sombre, chemise bleu clair, comme ses yeux ; elle en robe du soir, féminine, élégante, sensuelle, et heureuse. Ils rient comme deux gamins devant leurs cadeaux de Noel, s'émerveillent de tout, depuis la nappe aux multiples couverts jusqu'aux gestes des serveurs, si maniérés. Ils mangent des langoutines avec des grandes pinces, ils se barbouillent le visage de mayonnaise, leurs yeux pétillent. Ils boivent un peu trop, ils se dévorent des yeux.

Maintenant, ils sont en vacances, en Espagne, il lui étale de la crème sur le dos, elle lui lèche les gouttes salées qui parsèment ses épaules bronzées. Ils plongent, il la porte sur ses épaules, elle saute dans l'eau dans un éclat de rire. Ils sont jeunes, insouciants, ils s'aiment.

Dans leur lit, ils parlent de leurs futurs enfants. Ils imaginent leur maison, qu'ils auront construit eux même. Mais avant, ils vont partir faire le tour du monde, ils vont traverser le Sahara à dos de chameau, construire des igloos au pôle Nord, observer des aurores boréales, prendre des photos d'enfants dans l'Himalaya, nager avec des requins, se perdre en Amazonie, manger du singe parmi les Indiens Jivaros, vivre sur une île déserte, et faire le tour de l'Amérique du Sud à moto comme le Che, et puis la route 66 et le grand canyon, et l'Indonésie, et sauter des chutes du Niagara, et..et...et..

 

 

 

 

 

Par cilou - Publié dans : pas-de-deux
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